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lundi 19 novembre 2012

Lumières révélées

"Physique et interrogations fondamentales"
13ème RENCONTRE

« Les nouvelles lumières - Comment la physique continue d’éclairer le monde »

 

Samedi 24 novembre 2012
de 9 heures à 18 heures

 

Bibliothèque nationale de France, site François Mitterrand,
Grand auditorium, hall est - Quai François Mauriac, 75013 Paris


Depuis longtemps la lumière n’est plus notre seule source d’information sur l’Univers. La physique a étendu progressivement la notion de rayonnement au-delà du spectre visible, depuis les ondes radio jusqu’aux rayons gamma, et ses instruments détectent bien d’autres particules que les photons. Les physiciens observent le monde au-delà de ce qu’en révèle la lumière. Toutefois, symboliquement, « éclairer le monde » demeure l’ambition de la science. En cherchant à comprendre la Nature, la physique répond toujours à la vocation de l’esprit humain à penser par soi-même, et, en lui montrant l’étendue de ses progrès et des efforts qu’il lui reste à accomplir, elle lui propose une estimation raisonnable de sa propre valeur. C’est pourquoi les découvertes récentes et les recherches en cours sur les « nouvelles lumières » de la physique sont aussi la source de nouvelles Lumières pour l’esprit.

L’observation astronomique du rayonnement des astres dans le spectre de la lumière visible est maintenant complétée par celles faites dans d’autres longueurs d’ondes : les astrophysiciens scrutent la lumière des origines, le rayonnement du fond cosmologique, grâce au télescope Planck, et ils s’interrogent aussi sur les processus qui conduisent à la naissance des étoiles dans des nuages de gaz qu’observe dans l’infrarouge le télescope Herschel. Il s’agit là encore d’ondes électromagnétiques. Mais il existe d’autres lumières, des particules qui ne sont pas des photons et qui peuvent tout de même nous renseigner sur la Nature, comme les neutrinos. Ceux-ci interagissent à peine avec la matière, ce qui les rend si difficiles à détecter ; y parvenir ouvre cependant de nouvelles perspectives sur l’Univers. Le laser, ce rayonnement lumineux particulier, est utilisé dans des caméras ultra-rapides qui permettent d’étudier les processus électroniques élémentaires au sein des molécules et des atomes. Le synchrotron « Soleil » produit dans ses « lignes de lumière » un rayonnement qui sert, par exemple, à examiner en profondeur et sans les altérer les vestiges archéologiques.

La complexité de tels dispositifs expérimentaux peut obscurcir la signification des résultats de la physique contemporaine et l’éclairage qu’elle apporte à la compréhension du monde. Mais cette relative opacité pour le profane n’est certainement pas la source de l’obscurantisme. Celui-ci résulte plutôt des « fausses lumières », c’est-à-dire des charlatans qui usurpent l’autorité de la science pour diffuser la superstition et leurs croyances intéressées. L’activité rationaliste de la physique est une lutte perpétuelle. Devant les difficultés à comprendre les enjeux de la physique actuelle, le retour chronique des idéologies antiscientifiques, les querelles incessantes et les abus de l’expertise qui troublent l’image du scientifique, certains désespèrent de la science.

Pourtant les progrès de la physique n’ont pas cessé de faire naître de nouvelles Lumières.
« Qu’est-ce que les Lumières ? ». À cette question le philosophe Kant répond qu’elles sont, pour chaque homme, le courage de se servir de son propre entendement au lieu d’obéir aveuglément. À la lumière des progrès accomplis par la physique, mais aussi des mutations institutionnelles et des transformations du champ scientifique, comment peut-on penser aujourd’hui une gouvernance éclairée pour la physique et la science en général ? Tel est le débat qui conclura la treizième rencontre « Physique et Interrogations Fondamentales ».

Vincent Bontems
 

Inscription gratuite sur le site. L'inscription à l'accueil le jour même ne sera possible que dans la limite des places disponibles.
INSCRIVEZ-VOUS :
http://sfp.in2p3.fr/CP/pifn/fren13.htm


Comité d'organisation:
SFP: Vincent Bontems, Gilles Cohen-Tannoudji, Isabelle Cossin, Étienne Klein, Emmanuelle de Laborderie, Jean-Pierre J. Lafon, Valérie Lefèvre-Seguin, Jean-Michel Lévy, Marios Petropoulos, Sophie Rémy, Yves Sacquin, Gérard Tronel, Philippe Raccah
BnF : Aline Annabi, Angel Clemares, François Nida.
Attachée de presse : Claudette Duplan : clduplan@neuf.fr - 06 64 83 08 25
Chargée de communication : Isabelle Cossin, CNRS : cossin@lpnhe.in2p3.fr
 

samedi 19 mai 2012

La réalité c'est quoi ? (conférence)

Physique quantique et réalité, la réalité c'est quoi ?

Bernard d'Espagnat

Université Paris Diderot

Amphithéâtre Buffon

Mardi 22 mai 2012 de 18h à 20h

15 rue Hélène-Brion, Paris 13e
M° 14/ RER C Bibliothèque François-Mitterrand   
Entrée libre
 
 
La physique classique de nos pères passait pour lever le voile des apparences et décrire le réel tel qu'il est vraiment. Ses échecs la firent remplacer par la physique quantique, couronnée de succès dans ses multiples applications mais dont la structure est difficilement compatible - on verra pourquoi -  avec un tel pouvoir de description. La phrase  de Henri Poincaré : "les objets réels que la nature nous cachera éternellement" était-elle donc prémonitoire ?  Si oui quelles révisions cela nous incite-t-il à faire quant à notre  conception de la science en général ?  Quant à la signification des apports de nos sens ? Quant à ce qu'est "le monde" et notre relation à lui ?

  • Conférence Bernard d'Espagnat, Professeur émérite de l'université Paris-Orsay, membre de l'Institut ;
  •  Débat mené par Hervé Zwirn, Professeur associé à l'université Paris Diderot.

lundi 3 octobre 2011

Colloque « Temps et Émergence »

École Normale Supérieure, Salle Dussane, 45 rue d’Ulm 
Paris - le 14 & 15 octobre 2011
(Métro Censier-Daubenton, Luxembourg, ou Monge.)

Le Colloque s'attachera à une approche résolument transdisciplinaire du sujet.
Participation libre, dans la mesure des places disponibles.

Rémy Lestienne et Yves Abrioux, pour le Comité d'Organisation.

Programme

Vendredi 14 octobre / Friday, October 14.

Session 1 : Universalité de l'émergence / The Universality of Emergence
  • 09.30 : Claude Debru, « Introduction au colloque. »
  • 09.50 : Paul Harris, Time and Emergence : « Passages between the Physical and Metaphysical. »
  • 10.30 : Dennis Costa, « A Pre-modern Description of Emergence. »
  • 11.10 : pause café / coffee break
Session 2 : Les niveaux de Temporalité / Levels of Temporality
  • 11.30 : Alexis De Saint Ours, « The Emergence of Time in Quantum Gravity and its Philosophical Consequences. »
  • 12.10: Helen Sills, « Emergent Temporalities in Stravinski’s  ‘Rite of Spring’. »
  • 12.50 : pause déjeuner / lunch break –
  • 14.40 : Elie  During, « Régimes de coexistence et niveaux de temporalité. »
Session 3 : Hasard et Emergence des Formes / Chance and the Emergence of Forms
  • 15.20 : Roger  Balian, « Emergences dans un processus de mesure quantique. »
  • 16.00 : Jacques Ricard, « Physical Bases of Emergence in Simple Biological Systems. »
  • 16.40 : pause café / coffee break
  • 17.00 : Frederic Turner, « Damn Lies and Statistics : an Emergentist Critique of Probability. »
  • 17.40 : Yves  Abrioux, « Aiôn and Chronos in the Emergence of Semantic Forms. »
  • 18 :20 : Fin de la journée / end of day 1

Samedi 15 octobre / Saturday October 15.

Session 4 : Universalité de l’Emergence / The Universality of Emergence
  • 09.30 : Hervé  Barreau, « L’émergence comme fait métaphysique. »
  • 10.10 : Gilles Cohen-Tannoudji, « Relativité générale et cosmologie quantique :l’universalité de l’émergence.  »
  • 10.50 : Erica W. MAGNUS, « The Emergence of Theatrical Praxis as a Meditative Technology for Individual Consciousness. »
  • 11.30 : pause café / coffee break
Session 5 : Les niveaux de Temporalité / Levels of Temporality
  • 11.50 : Nicolas Go: « Temporalité et émergence en éducation. »
  • 12.30 : pause déjeuner / lunch break
  • 14.30 : Virginie Van Wassenhove, « Empirical Findings in the Theoretical Context of Time Perception/Processing. »
  • 15.10 : Pierre Uzan, « Co-émergence et enchevêtrement temporel des aspects psychiques et physiologiques de l’unité psychosomatique. »
Session 6 : Emergence des formes / The Emergence of Forms
  • 15.50 : Michael Crawford, « The Emergence of Form : Classical Embryology Meets Genome Biology. »
  • 16.30 : pause café / coffee break
  • 16.50 : Rémy Lestienne, « Emergence and the Mind-Body Problem in Roger Sperry’s Studies. »
  • 17.30 : Hans Mooij, « Time and the Emergence of Values. »
  • 18.10 : Clôture du colloque / End of  the conferency

Pendant le Colloque, un certain nombre de contributions écrites seront également distribuées : 
  • Christophe Bouton : L'émergence du Temps.
  • Pierre Martinetti : Émergence du Temps en gravité quantique 
  • Nicholas Tresilian  : Time and Emergence – Attractors as a source of emergent meaning 
  • Michelle VanNatta : Hypnotic manipulation of time. Perception as a technique of creation of a new self

mardi 1 mars 2011

Du savoir à la pratique - De la pratique au savoir (Congrès)

Approche Systémique de la Diversité

Du savoir à la pratique - De la pratique au savoir

8ème Congrès de l'Union Européenne de Systémique


organisé par Systèmes & Organisations, les 20, 21 et 22 octobre 2011

à l’Institut de Sociologie de l’Université Libre de Bruxelles
avenue Jeanne 44 -1050 Bruxelles


Soirée inaugurale le 19 octobre à partir de 19h par le professeur Christian de Duve, Prix Nobel de Médecine

Titre de la conférence :  "Le poids du passé sur l'avenir du vivant"

Le congrès de 2011 à l'ambition de mobiliser tous les partenaires, des champs tant scientifiques, économiques, politiques, que de la santé mentale, du social, du culturel, du médical, des technologies et autour d'une lecture systémique de la diversité.

Les 3 journées s'articuleront autour des thèmes principaux suivants :
  • Compréhension et connaissance disciplinaire - Systémique, transdisciplinarité et diversité ; 
  • Actions et réponses pratiques - Des réponses systémiques face aux crises ; 
  • Humanité et respect des différences - La diversité et l'approche systémique au service de l'humanité.

Andrée Piecq,
Présidente de l'Union Européenne de systémique
et de Systèmes & Organisations

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INFORMATIONS
http://www.systemica2011.eu 
info@systemica2011.eu

ORGANISATION
Systèmes & Organisations asbl
Ve n e l l e a u x J e u x , 4 3
1150 Bruxelles - Belgique
info@s-o.be
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mercredi 27 octobre 2010

Les séminaires du Temps

Séminaire sur le Temps

Jiri Benovsky (U. de Fribourg), Isidora Stojanovic (CNRS-IJN)

Le temps, 24h (Benovsky: 15h; Stojanovic: 9h)
jeudi de 14h à 17h ENS, Salle des conférences au RdC du 46 rue d'Ulm, Paris.


Dates confirmées : 4, 18 et 25 novembre, 2 décembre, 20 et 27 janvier, 3 février. 6 ECTS.

Site web : http://www.jiribenovsky.org/timejn.html

Nous existons tous dans le temps, et persistons à travers le temps.
Toutes nos expériences et toutes nos pensées sont localisées dans le temps, et durent. Tous les objets qui nous sont familiers et que nous côtoyons dans la vie de tous les jours sont également dans le temps.
Mais le temps, qu’est-ce que c’est ? Et que voulons-nous dire en disant que nous existons ‘dans’ le temps, que nous ‘persistons’ à travers le temps, que des événements ‘ont lieu’, que le temps ‘passe’ ? Nous étudierons dans ce séminaire ces questions ainsi que certaines questions reliées : le voyage dans le passé est-il possible ? peut-il y avoir du temps s’il ne se passe rien, s’il n’y a aucun changement ? le temps a-t-il un commencement ? une fin ? Nous nous intéresserons également au temps tel qu'il apparaît dans le raisonnement et dans le langage. Nous finirons avec un aperçu des logiques temporelles et de leur application en sémantique des langues naturelles.

Séminaire ouvert, les auditeurs/trices libres sont bienvenu(e)s.

Isidora Stojanovic
Institut Jean-Nicod
ENS - Pavillon Jardin
29 rue d'Ulm, 75005 Paris
http://ira.stojanovic.online.fr

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jeudi 23 septembre 2010

Corrélations et complexité du réel

A la recherche d'un éventuel Réel quantique

par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin


En présentant dans notre rubrique Livres en bref (sur le site d'Automates Intelligents) le dernier livre de Stephen Hawking, The Great Design, co-écrit avec le physicien Leonard Mlodinow, nous indiquions ceci :

« Stephen Hawking et son collègue et co-auteur estiment que la découverte en 1992 d'une planète orbitant autour d'une autre étoile que le soleil (découverte suivie depuis de dizaines d'autres) oblige à déconstruire la vision d'Isaac Newton selon laquelle l'univers n'est pas sorti du chaos. On sait que, pour Newton, du fait de son ordre parfait, l'univers aurait été créé par Dieu.
Pour les auteurs, la découverte de systèmes planétaires lointains dément les affirmations des partisans du principe anthropique fort, selon laquelle des paramètres soigneusement choisis ont permis l'apparition de l'homme sur la Terre. Le fait que le Soleil soit unique (au lieu d'être double comme dans certains systèmes), qu'il soit situé à la bonne distance de la Terre et qu'il soit doté d'une masse adéquate, sont de simples coïncidences dues au hasard des lois physiques.
Ajoutons que l'on pourra en dire autant de ces lois et au-delà des constantes cosmologiques, dont les défenseurs du même principe anthropique disent qu'elles ont été réglées au millimètre près (fine tuned) pour que l'homme puisse apparaître.
Le livre ne se limite pas à énoncer ce qui pour les scientifiques matérialistes constitue une évidence. Il reprend les réponses que peuvent apporter les hypothèses de la physique et de la cosmologie moderne aux grandes questions philosophiques: quand et comment a commencé l'univers ? Pourquoi nous y trouvons-nous ? Pourquoi quelque chose au lien de rien ? Qu'est-ce que la réalité ? Pourquoi les constantes physiques semblent-elles justifier notre présence ? Et finalement, la science offre-t-elle d'autres perspectives que le recours à un Grand Dessein ou un Grand Créateur pour expliquer tout ce qu'elle observe ?
Parmi les réponses de la science qu'ils recensent, les auteurs se réfèrent à une interprétation de la mécanique quantique dite du multivers, souvent évoquée sur notre site, selon laquelle le cosmos n'a pas une seule histoire. Toutes les histoires possibles de l'univers coexistent simultanément. Mais cela, appliqué à l'univers dans sa totalité remet en question la relation entre la cause et l'effet, indispensable à la science quotidienne.
Pour Hawking et Mlodinow, le fait que le passé n'aurait pas une forme bien définie signifie que nous créons l'histoire de l'Univers en l' « observant » autrement dit en y agissant. Ce n'est donc pas l'histoire passée de l'univers qui nous crée. On retrouve là les conclusions des travaux de Mioara Mugur-Schächter, résumés par le concept de MCR, Méthode de Conceptualisation Relativisée. A leurs yeux, nous sommes nous-mêmes le produit de fluctuations quantiques inhérentes à l'univers dans sa toute première forme. Selon eux, la mécanique quantique prédit de façon très solide le multivers, hypothèse selon laquelle notre univers n'est que l'un des nombreux univers qui apparurent (ou peuvent encore apparaître) spontanément à partir du vide quantique, chacun d'eux doté de lois fondamentales différentes. »


Les lecteurs de notre site savent que le concept de multivers, souvent évoqué dans nos colonnes, rencontre à la fois un accord assez général des physiciens quantiques et une défiance de la plupart des autres scientifiques, du fait notamment qu'à ce jour il n'a pas paru directement observable. Il paraît donc intéressant de faire le point sur la façon dont il est aujourd'hui reçu, en s'appuyant sur les travaux récents.

Derrière l'hypothèse du multivers, se pose directement celle encore plus fondamentale de la Réalité. Nous venons de voir ce qu'en pensent Hawking et Mlodinow. Mais le profane pourrait se dire que le concept de multivers n'évacue pas l'idée qu'il existe une réalité sous-jacente aux descriptions de la science. Elle serait seulement plus complexe que ce que la science, elle-même limitée par les capacités cognitives de notre cerveau, pourrait se représenter.

Avec un petit effort cependant, on pourrait imaginer des univers multiples, s'étendant à l'infini. Le concept même d'infini est d'ailleurs utilisé depuis des temps immémoriaux par les religions, puis plus récemment par les mathématiques. Sans se le formuler nettement, ceux qui l'emploient considèrent qu'il correspond à quelque chose de réel, se situant « hors de notre réalité à nous » mais appartenant à un réel de catégorie supérieure. Dans cet esprit, les concepts mathématiques utilisés par les sciences dites réalistes, par exemple la mécanique newtonienne décrivant la gravité, sont des symboles pertinents pour se représenter le réel. Mais le réel ne s'éclipse pas derrière ces symboles. Il est toujours là. On doit par conséquent constamment améliorer les formulations mathématiques pour se rapprocher de ce réel en soi, quitte à se résigner à ne jamais pouvoir l'atteindre pleinement.

Dans l'esprit de ceux - sans doute rares selon Feynman - qui l'ont comprise, la mécanique quantique postule tout autre chose. Ses structures mathématiques, autrement dit son formalisme (fonctions d'onde, vecteurs d'état, matrices, espace de Hilbert), n'ont pas et ne cherchent pas à avoir de relations avec l'hypothèse d'un Réel dont, selon une formule célèbre de Laplace s'appliquant à Dieu, elle n'a pas besoin. Le paradoxe est que, si ces structures mathématiques opèrent parfaitement bien dans le monde de la physique macroscopique quotidienne, il n'est pas possible de les rattacher à un ensemble de principes ou postulats dont elles dériveraient. Certains diront qu'il en est de même de la physique newtonienne, dont les postulats de base ressemblent beaucoup à des choix philosophiques puisqu'ils ne sont pas vérifiables.

Mais, comme rappelé ci-dessus, Newton et ses successeurs n'ont jamais évacué la question de la réalité du Réel sous-jacent à leurs descriptions mathématiques du monde. Or la physique quantique adopte un point de vue différent. Certains de ses représentants évoquent parfois un « monde quantique » ou infra-quantique sous-jacent à ce que décrit le formalisme, mais il s'agit d'une manière de parler car ce terme de monde quantique ne peut susciter de recherches destinées à en préciser le contenu. La recherche de « variables cachées », qui avaient été évoquées par Louis de Broglie puis David Bohm dès les premières années de la physique quantique, n'a toujours pas abouti(1). L'idée dominante face au mystère du monde quantique pourrait ainsi être résumée par cette expression de la police urbaine après un attentat : « circulez, il n'y a rien à voir ».

Depuis quelques années cependant, certains jeunes physiciens s'efforcent de trouver des méthodes permettant, non de décrire le monde quantique en termes réalistes - ce qui ne sera jamais sans doute possible à moins de découvrir une loi qui serait déjà opérante parmi nous et que nous n'aurions pas vu jusqu'ici (comme Newton l'avait fait de la gravité), mais de réduire quelques unes des incertitudes ou bizarreries qui donnent son originalité épistémologique à la mécanique quantique.

Le multivers

Une première direction en ce sens peut être signalée. Il s'agit précisément de la question du multivers évoquée au début de cet article.

Pourquoi se mettre en peine à cet égard puisque en termes observationnels, le fait que dans un univers supposé parallèle au nôtre, et en application du principe d'incertitude, un autre moi découvre un chat de Schrödinger mort alors que moi je l'avais observé vivant n'est d'aucune importance [nb : à propos du chat de Schrödinger, consulter l'article de Christophe Jacquemin Petit rappel sur la décohérence et la réduction de la fonction d'onde]. Ce qui compte et comptera toujours pour moi est mon chat à moi, même si dans une infinité d'univers parallèle, une infinité d'observateurs analogues à moi constatent la vie ou la mort d'une infinité de chats.

Les probabilités de trouver le chat soit vivant soit mort se calculent en utilisant une fonction complexe représentant l'état de la particule radioactive commandant l'ouverture de la bouteille de gaz toxique supposée tuer le pauvre animal. Il s'agit de la fonction d'onde et le principe dit de Born permet de calculer la probabilité de trouver le chat vivant ou mort. Mais s'il existe une multiplicité d'univers, que deviendra cette probabilité à l'échelle de l'ensemble de ces univers ?

Récemment les physiciens Anthony Aguirre, Max Tegmark et David Layzer ont suggéré(2) une « interprétation cosmologique » de la mécanique quantique. Selon cette interprétation, la fonction d'onde décrirait l'ensemble « réel » de systèmes quantiques identiques dotés d'autant d'observateurs obtenant chacun des résultats différents. Il ne serait plus besoin de faire appel à la règle de Born pour connaître la probabilité de trouver le chat vivant ou mort, il suffirait de dénombrer les observateurs et leurs observations. Il n'y aurait plus alors d'incertitude globale. L'incertitude quantique serait alors locale, si l'on peut dire. Elle serait attribuable à l'incapacité de tel observateur individuel à se localiser dans cet ensemble.

Bel avantage, dira-t-on, puisque ce dénombrement serait irréalisable, du fait de l'impossibilité d'accéder aux différents univers du multivers. Mais pour les auteurs, leur proposition a l'avantage de tuer, non le chat, mais l'hypothèse du multivers, qui devient inutile. Le physicien se retrouve dans l'interprétation classique dite de Copenhague, ne postulant qu'un univers mais reposant sur le principe d'incertitude. Sauf que ce principe d'incertitude ne fait pas appel ce que l'on pourrait appeler le caractère définitivement étrange (weird) du monde quantique. Le monde quantique serait en ce cas « réel », au sens du réalisme traditionnel, bien que composé d'une infinité d'univers.

Certes pour connaître la probabilité de survenue de tel événement, nous serions comme avant obligé de faire appel aux probabilités, c'est-à-dire à la fonction d'onde et à la règle de Born. Mais beaucoup de physiciens déconcertés par le principe d'incertitude pourraient alors nourrir l'espoir, en s'appuyant sur l'hypothèse que le monde quantique est d'une façon ou d'une autre réel, envisager de nouvelles approches permettant de préciser cette réalité, non seulement en termes de formulations mathématiques, mais pourquoi pas un jour d'expériences sur le terrain. Ainsi pourrait-on espérer pouvoir un jour comprendre la raison du caractère probabiliste du monde quantique, qui reste évidemment encore à découvrir(3).

Les corrélations quantiques

On ne se trompera pas en pensant que cette première approche ne suffira pas à satisfaire ceux qui voudraient élucider la raison des caractères intrinsèquement bizarres du monde quantique. On trouve une autre piste.dans un article du NewScientist dont la publication a précédé de quelques jours celle citée ci-dessus(4). Elle est principalement explorée par le physicien Caslav Brukner de l'université de Vienne(5). Ce savant voudrait revenir sur ce qu'il estime être une démission de la physique quantique face à l'effort de mieux comprendre ce que serait une réalité quantique, autrement dit un monde quantique de type réel sous-jacent au nôtre. Pour cela, il propose de retrouver la démarche qui a toujours été celle de la science : observer, élaborer des hypothèses de lois, en déduire des hypothèses de faits et soumettre ces dernières à l'expérimentation.

Mais par où commencer ? Brukner juge inopérant de rejoindre les nombreuses équipes qui dans le cadre de la gravitation quantique s'efforcent, sans succès à ce jour, de concilier gravitation et mécanique quantique. Pour lui, comme pour des chercheurs explorant des pistes voisines, plutôt qu'aborder la question à partir de la gravité comme le font les théoriciens de la théorie des cordes, mieux vaudrait le faire par l'autre extrémité, c'est-à-dire en approfondissant les fondements physiques de la mécanique quantique elle-même. Une relecture critique de la question des corrélations quantiques leur paraît offrir une voie.

On appelle corrélation le fait que deux corps ou événements non connectés puissent disposer d'états similaires, en fonction de ce que permet ou non la théorie s'y appliquant. Dans la physique classique ces corrélations ne peuvent se produire que si d'une part les objets ou événements disposent de propriétés réelles intrinsèques et si, d'autre part, ils partagent la même localité ou, en le disant autrement, si leurs propriétés ne sont pas définies par des influences extérieures. Il s'agit des conditions de réalisme et de localité.

Pour la théorie quantique de la corrélation, ces deux conditions ne sont pas nécessaires. Cette théorie définit dans ses termes propres les conditions selon lesquelles des objets apparemment non corrélés peuvent l'être, comme dans le cas de plus en plus étudié de l'intrication (entanglement). Or des chercheurs ont montré que des lois physiques simples non quantiques permettent des corrélations encore plus grandes que celles permises par la corrélation quantique. Le monde qui en résulterait serait très bizarre. Le moindre des gestes entraînerait un grand nombre de conséquences corrélées, si bien que la vie et l'évolution y deviendraient impossibles. Ce serait le cas, cité dans l'article de Webb, d'un monde n'obéissant qu'à une seule règle, celle selon laquelle la cause et l'effet ne peuvent se propager plus vite que la lumière (principe de « causalité relativiste »).

Or la physique quantique est loin de permettre des corrélations aussi systématiques. Elle en limite strictement les possibilités. Mais alors se pose la question de savoir pourquoi elle est si restrictive, et quel facteur a déterminé le maximum de degré de corrélation qu'elle admet. En 2001 le physicien Lucien Hardy a proposé un ensemble d'axiomes physiquement plausibles qui devrait suffire à définir la mécanique quantique et elle seule(6). Malheureusement, comme il le reconnaît lui-même, certains de ces axiomes permettent aussi la construction de systèmes mathématiques extérieurs à la théorie quantique.

Mais par la suite, à partir de l'un des axiomes de Hardy, Brukner a développé trois règles décrivant comment, en conformité avec l'expérimentation, la théorie quantique intervient dans le cas du plus simple des systèmes quantiques, à savoir un qbit qui résulte de la superposition de deux états possibles. Si les trois règles de Bruckner s'appliquaient uniquement à la théorie quantique, cela permettrait d'éliminer les autres axiomes de Hardy et conduirait au fondement de l'intrication, la plus significative des corrélations permises par la théorie quantique(7).

Que sont les règles de Brukner ?
  • La première est qu'un qbit peut passer en continu d'un état de superposition à l'autre. Ceci n'est pas possible dans la physique classique.
  • La seconde règle est que l'on ne peut extraire d'un qbit en état de superposition, en le mesurant, qu'un seul bit d'information à la fois.
  • La troisième règle ne s'applique qu'à des systèmes composites de deux ou plusieurs qbits. Connaissant les probabilités que les qbits individuels soient dans un état particulier et les probabilités de corrélation entre eux, on obtient l'état du système complet. Ceci enferme les propriétés de l'intrication entre des états quantiques que l'expérience peut faire apparaître dans le monde réel.
La chose serait alors d'une grande importance. L'intrication quantique, et les expériences qui permettent de la mesurer, lesquelles portent dorénavant sur des systèmes de plusieurs atomes, représentent une base indiscutable. Or seule une théorie aussi précisément corrélée que la théorie quantique peut à la fois obéir à tous les axiomes proposés et produire le type d'intrication quantique observable expérimentalement. Des théories moins précisément corrélées ne produisent aucune intrication. Dans d'autres, on peut mesurer tous les états de tous les qbits d'un système, connaître leurs corrélations et ne pas pouvoir connaître l'état global du système.

Mais pourquoi l'intrication quantique joue-t-elle un tel rôle dans la nature ? La question n'a pas encore de réponse. Pour Brukner, on pourrait envisager que, sans intrication, la matière ordinaire ne serait pas stable ; Il faudrait dans ce cas poursuivre l'observation des états d'intrication dans des corps de plus en plus proches de ceux de la matière ordinaire. Mais beaucoup de chercheurs ne sont pas convaincus. Ils soupçonnent qu'une règle encore à découvrir devrait permettre d'expliquer plus complètement la « réalité » du monde quantique, aussi bizarre que puisse être cette explication. On pourrait alors espérer trouver par une autre voie la relation entre la mécanique quantique et la gravité(8).

On voit en tous cas que le temps n'est plus où, devant la bizarrerie du monde quantique, la réponse la plus courante des physiciens quantiques aux curieux était « circulez, il n'y a rien à voir ».

Notes
(1) Voir sur ce point la discussion avec Michel Gondran "Entretien sur les expériences EPR, interaction d'échange et non-localité".
(2) Anthony Aguirre, Max Tegmark et David Layzer "Born in an Infinite Universe: a Cosmological Interpretation of Quantum Mechanics" http://arxiv.org/abs/1008.1066
(3) Sur ce qui précède, voir un article de Rachel Courland dans le Newscientist du 28 août 2010 dont nous nous sommes inspirés http://www.newscientist.com/article/mg20727753.600-infinite-doppelgangers-may-explain-quantum-probabilities.html?full=true
(4) Voir Richard Webb, "Reality gap"
http://www.newscientist.com/article/mg20727741.300-is-quantum-theory-weird-enough-for-the-real-world.html?full=true
(5)Caslav Brukner : http://homepage.univie.ac.at/caslav.brukner/
(6) Voir Lucien Hardy "Quantum Theory From Five Reasonable Axioms" http://arxiv.org/abs/quant-ph/0101012v4
(7) Voir Borivoje Dakic, Caslav Brukner, "Quantum Theory and Beyond: Is Entanglement Special ? http://arxiv.org/abs/0911.0695
(8) Voir Voir Miguel Navascués, Harald Wunderlich : "A glance beyond the quantum model"
http://rspa.royalsocietypublishing.org/content/466/2115/881.abstract?sid=ec83aa34-dc51-4c20-a77c-8998fff2c503

© Automates Intelligents
93 de septembre 2010
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vendredi 17 septembre 2010

Au hasard de l'expression des potentialités

Séminaire PhilBio de l'Institut d'Histoire et de Philosophie des Sciences et des Techniques
13, rue du Four - 75006 PARIS

Vers une intégration de la stochasticité et du contrôle génétique dans les modèles du développement

Par Pierre-Alain Braillard

jeudi 23 septembre de 14h à 15h30
grande salle de l'IHPST (2ème étage)


Un nombre croissant de résultats expérimentaux a récemment révélé l'importance de la stochasticité dans de nombreux mécanismes moléculaires, en particulier l'expression des gènes. Pour certains chercheurs, ces données constituent une réfutation des modèles classiques du développement embryonnaire, qui décrivent celui-ci comme le déroulement d'un programme informatique déterminé jusque dans ses moindres détails. Selon eux, un modèle de type darwinien, dans lequel l'ordre émerge du couple hasard-sélection, offre une bien meilleure explication du développement que les modèles de contrôle génétique, qui sont fondamentalement déterministes.
Ma présentation cherchera à montrer que différentes approches empiriques et théoriques offrent un cadre alternatif, capable d'intégrer le caractère stochastique de l'expression génique, sans toutefois nier l'importance du contrôle génétique. Ces approches sont fondées sur l'application de la théorie des systèmes dynamiques aux réseaux moléculaires. Elles ne sont pas certes pas complètement nouvelles, mais les récents progrès de la génomique fonctionnelle et de la biologie des systèmes ont donné à ce cadre une certaine assise empirique. L'intérêt de ces approches réside dans le fait qu'elles reconnaissent différentes possibilités de couplage entre hasard et déterminisme, et évitent par conséquent les dangers d'une vision monolithique d'un processus aussi complexe que le développement.
Je conclurai par quelques remarques sur la possibilité d'une comparaison entre processus évolutifs et développementaux. Je soulignerai un certain nombre de différences importantes qui font douter de la possibilité d'appliquer le schéma darwinien au développement embryonnaire.

Courriel : ihpst@univ-paris1.fr .
Site web :http://sites.google.com/site/philosophiedelabiologie/

Séminaire de Philosophie de la Biologie : PhilBio 2010-2011, organisé par Antonine Nicoglou (antoninenico[at]hotmail.com) et Francesca Merlin (francesca.merlin[at]gmail.com), bi-mensuel, de 14h à 15h30.

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lundi 30 août 2010

Simplicité et complexité du vivant : le geste

Journée scientifique et musicale au Collège de France
Le 20 septembre 2010, salle 4 de 9h à 18h.


Cette Journée a pour thème « La Simplexité » objet du dernier ouvrage de Alain Berthoz. Elle comportera une première partie d’Atelier avec exposés et débats théoriques et une deuxième partie de concert de musique du XXe s.

« Simplicité et complexité du vivant : le geste »

1. Dans divers secteurs des sciences biologiques, on peut noter la récurrence d'un ancien paradoxe : la « simplicité » - réelle ou apparente - des solutions du vivant aux problèmes que la « complexité » de l'environnement (externe et interne) pose pour sa survie (Uri Alon, Nature 2007 ; Alain Berthoz, La simplexité, 2009 ; Leland H. Hartwell et al, Nature 1999 ; Ron Milo et al. Science 2002, 2004 ; Tal Kenet Nature 2003 ; Kestutis Kveraga et al. 2007 ; Hishshi Ohtsuki et al. Nature 2006). Cette nouvelle tendance peut se concevoir comme tentative de réponse à une difficulté que crée la multiplication des niveaux d'analyse. De la psychophysiologie de la posture et du comportement (voire de l'écologie de l'Umwelt) à la cartographie du cortex cérébral et à la biochimie des molécules, nos modes d'approche tendent à une spécialisation toujours plus poussée et telle qu'à chaque niveau le progrès de la recherche ouvre sur une complexité sans limites. Sans parler de l'intrication buissonnante des relations entre ces niveaux, relations qu'on découvre ne pas être seulement hiérarchiques, ascendantes ou descendantes, mais aussi hétérarchiques.

2. La difficulté, sans doute, est d'abord de nature épistémologique : le défaut d'un discours intégrateur capable d'articuler les uns avec les autres cette variété d'aperçus partiels en une conception unitaire du vivant devient moins tolérable à mesure qu'ils se multiplient. Mais elle n'est pas limitée à l'épistémologie, car personne ne croit que la vie a évolué de manière à ce que son fonctionnement nous devienne intelligible. La difficulté fondamentale est de nature ontologique ou ontique : comment des processus, qu'à travers leurs modélisations « sur le papier » nous devinons d'une formidable complexité, ont-ils pu rendre capables les organismes dans la Nature (ou les agents humains dans la société) de faire face en temps voulu aux contraintes du milieu ?

3. Pour les neurosciences cognitives le problème de la connaissance comme recherche de la vérité ne se présente pas sous la forme idéalisée par Descartes dans le Discours de la Méthode et dans les Règles pour la direction de l'esprit. Il est hors de question de vouloir ramener le compliqué au plus simple, afin de repartir du plus simple pour résoudre toutes les difficultés. La raison en est que le problème de la connaissance pour le chercheur se double « du problème de la cognition posé au cerveau », c'est-à-dire de ce que le chercheur interprète en ces termes, tout en se gardant de confondre la cognition avec l'acte de connaître, le cerveau avec un sujet connaissant.
Impossible de sauvegarder la réciprocité entre l'analyse en éléments simples et le retour graduel à la complexité initiale par simple renversement de l'ordre de progression. Non seulement parce que les éléments simples appartiennent à d'autres sciences de même que les totalités, respectivement : chimie, physique - économie, sociologie, écologie. Mais, toute tentative de formulation du problème de la cognition cérébrale par analogie avec les conditions générales de la résolution de problème amène à subdiviser l'expérience individuelle en « tâches » distinctes et nous engage dans une énumération des tâches présumées pour le cerveau qui ne peut avoir aucun terme assignable.
Comprendre comment il est possible pour l'organisme humain d'avoir un comportement adapté dans un environnement complexe et changeant, cette ambition, si limitée à première vue, est repoussée à une échéance toujours plus lointaine par la multiplication des tâches intermédiaires à accomplir. Le dialogue permanent de la vision ou de la perception et de l'action dans la vie quotidienne, où un même sujet percevant et agissant passe continuellement d'un contexte à un contexte nouveau, nous pose un persistant défi. Témoins : l'écart toujours considérable entre la vision naturelle et « le traitement d'image » des ingénieurs, entre le mouvement humain de la marche et la déambulation des robots, la limitation des robots autonomes à des « petits mondes » sans commune mesure avec l'environnement ordinaire d'un agent humain, etc.

4. Dans la mesure où elle débouche sur un emboîtement sans fin de mécanismes et de fonctionnalités, une telle multiplication des niveaux d'analyse n'aide guère à comprendre comment il est possible que tout cela apparaisse en définitive de façon « simple » à quelqu'un dans son vécu. Car, quelle que soit la complexité interne que celui-ci recèle en tant qu'organisme, quelle que soit la complexité des lois des systèmes physiques environnants, le vivant est un individu autonome (en particulier une personne) actuellement plongé dans une certaine situation locale, qui se configure pour lui d'une façon typique qui le plus souvent correspond à ses anticipations, une situation aux exigences de laquelle ses capacités ordinaires lui permettent habituellement de répondre de façon relativement satisfaisante.
L'adéquation entre la forme anticipée et perçue de la situation et la réponse normalement adaptative du vivant exclut la longue médiation qu'exigerait (d'après l'analogie entre la computation neuronale et le calcul humain) le traitement les unes à la suite des autres de complexités renvoyant en cascade à des complexités toujours nouvelles.

5. Qu'un Lebenswelt, monde de vie doué de sens pour un vivant, puisse venir à se manifester au sujet dans l'évidence, que la masse des mécanismes et processus inconscients qui sous-tendent sa vie organique puisse comporter une phase privilégiée telle que la perception consciente et la décision volontaire, que cette phase privilégiée soit en outre constituante pour toutes les autres phases en tant que porteuses de sens, de cela nous nous sommes fait un mystère. Notre science, engagée dans la fuite en abîme vers des niveaux toujours plus profonds de complexités sous-jacentes aux phénomènes, n'a plus de place pour l'idée même de la phénoménalité du vécu. Pour autant, la thèse phénoménologique du caractère originaire du phénomène, à travers la déclinaison variée qu'en donnent les œuvres de Husserl, Heidegger, Merleau-Ponty, etc., doit-elle être tenue pour périmée ?

6. N'avons-nous donc rien à redire à ce que dans l'intervalle entre les mécanismes physiologiques du milieu interne, d'une part, et les mécanismes physiques du milieu externe, d'autre part, la perception, l'action, toute cette continuelle interaction perceptive, pratique, affective, etc. entre un sujet percevant et agissant et les autres sujets au sein d'un monde commun qui constitue par son entrelacs le sol solide et permanent du vécu, tende à se réduire sous l'effet d'une sorte de vertige de l'explication à une interface sans épaisseur : insubstantielle, évanouissante, illusoire. « Sauver les phénomènes » : ici la formule ne renvoie pas comme autrefois au rétablissement de la régularité des mouvements des corps célestes malgré les irrégularités observées. Il s'agit plutôt de comprendre comment le vivant a trouvé moyen de ne pas se noyer dans sa propre complexité immanente. Il ne suffira pas de pointer du doigt au cas par cas le procédé appliqué pour résoudre telle ou telle difficulté. Ce qu'il faut ressaisir c'est la méthode générale du vivant pour rejoindre « la clairière de l'être » de l'évidence phénoménale et s'y maintenir fermement.

7. Si un paysan du Nordeste brésilien souhaite composer le nom de ses enfants d'un morceau du sien recollé à un morceau du nom de la mère, le fonctionnaire d'état civil ne lui refusera pas l'enregistrement. « La référence des noms propres n'est pas affectée par l'arbitraire de leur composition » : le principe vaut pour les noms de personnes.
S'applique-t-il aux expressions de concepts renvoyant à un état de choses abstrait ? Le fait pour un gouvernement d'hésiter entre la rigueur et la relance ne constitue pas une politique originale qu'on puisse désigner du terme composite de « rilance ». Qu'il suffise d'avoir recollé les morceaux des lexèmes 'simplicité' et 'complexité' en 'simplexité' pour gagner avec ce néologisme le bénéfice conceptuel de la simplicité tout en sauvegardant l'essentiel de la complexité d'un système biologique, c'est ce que nous ne devrions pas assumer sans un examen approfondi.

8. [D'après P. Livet] Plusieurs idées de simplexité semblent être en jeu : il importe de savoir si elles s'accordent entre elles, si elles résonnent les unes avec les autres :
  1. Un procédé capable de contracter les données multiples d'un problème parce qu'il revient à une situation plus simple (système contractant, point fixe dans l'odorat) ;
  2. Une mise en perspective qui permette de déployer plusieurs approches comme autant de variantes d'une structure fondamentale (géométrie affine) ;
  3. La combinaison de plusieurs variables en une seule permettant de traiter le problème dans un espace plus simple - ou de passer du non linéaire au linéaire (poulies pour les muscles de l'œil, grille en triangles pour les repérages, variable complexe qui combine position, vitesse, accélération) ;
  4. La mise en œuvre de dispositifs qui répondent à un problème de plus grands degrés de liberté, tenant à des contraintes affaiblies (ex : non commutativité, conduction plus rapide pour le pied plus éloigné que la main, etc.) ;
  5. La modularité (elle simplifie localement, mais pose un problème plus complexe, celui des changements de référentiels appropriés entre modules) ;
  6. Le réemploi d'une même structure par des variantes pour traiter des problèmes différents (marche et course, mais cela pose le problème complexe de trouver les bonnes variantes) ;
  7. Le maintien d'une stabilité au sein de l'instabilité d'une dynamique (mais il s'agit de trouver les solutions pour le faire : maintenir la stabilité en rotation de la plateforme de la tête, lier perception, mouvement et usage du mouvement.
Les deux premières formes de simplexité consistent en des réductions de complexité qui auraient du mal et se recharger en complexité. Les deux suivantes posent le complexe comme simple globalement, mais ne peuvent pas non plus retrouver sa richesse (en analysant ce qui a été combiné), ni même retrouver une simplicité moins liée à des contraintes locales. Les deux suivantes partent d'une structure plus simple, mais demandent des transformations ou des changements de référentiels pour rendre compte de la complexité. La dernière pose le problème général, un problème qui a des solutions particulières, bien qu'on ne connaisse pas de stratégie générale pour trouver ces solutions. Il est donc possible qu'une certaine simplexité ne consiste pas forcément à trouver une stabilité dans une dynamique, mais à entretenir des dynamiques qui, si elles pouvaient être globalisées et sommées, donneraient une stabilité, alors qu'en fait, cette sommation n'est pas possible : nous ne disposons jamais à la fois des vertus de la stabilité et de celles de la dynamique, de celles des modules et des changements de référentiels, de la structure de base et de ses transformations. La simplexité, ce jeu de renvois entre la complexité sous-jacente des structures et la simplicité manifeste du geste comportemental (saillance de l'objet perçu, valence affective d'une expression faciale, relation inverse entre vitesse et courbure de la trajectoire du mouvement biologique, etc.), la simplexité appelle une nouvelle épistémologie : une épistémologie qui rejette la totalisation insensible de l'axiomatique pour mieux éclairer cette mystérieuse capacité du vivant - comme « écart prolongé par rapport à l'équilibre dans une zone de criticité étendue » (Bailly, Longo) - de faire vivre sa propre dynamique constitutive. Mais ici, encore une fois, l'épistémologie renvoie à l'ontologie.

9. [D'après D. Bennequin] Contrairement au préjugé de la complexité des lois des systèmes physiques, les lois de la physique sont certainement simplexes elles aussi. En effet, à première vue, les phénomènes naturels sont complexes (une pierre qui tombe de la tour de Pise est loin d'être une masse ponctuelle dans un espace vide) ; tandis que la loi est "simple" car elle élimine la complexité en introduisant des symétries artificielles, "simplificatrices" (solution possible des points 1 et 2 ci-dessus). Cependant, en y regardant de plus près, on s'aperçoit que la complexité n'a pas disparu. D'abord, parce que la loi explique au moins en partie le phénomène (comme Hubel et Wiesel expliquent une partie de la réponse des cellules de V1).
Mais, surtout parce qu'avec cette loi est opéré un déplacement conceptuel vers un espace de phase, ou au moins une utilisation de la notion de "vitesse" et d'accélération dont l'émergence au cours de l'histoire des sciences a été rien moins que simple. C'est là, un aspect du problème sur lequel la notion de simplexité nous fait avancer : un bon concept (ici en physique) dépasse la complexité sans la nier simplement. La physique ne manque pas d'exemples de changements de niveaux, montrant qu'un milieu complexe, avec une dynamique elle-même on ne peut plus complexe (au sens de Kolmogorov), peut tout de même donner lieu à des évolutions simples (prédits par l'ergodicité, ou mieux, par des "dualités"). On peut penser, mais cela reste à prouver, que l'évolution des organismes vivants procède de la même manière, mais que les outils pour en rendre compte demanderont une extension de la Physique, comme celle qu'a constitué la Chimie (c'était le point de vue de Heisenberg). Encore plus intéressant philosophiquement, la "conceptualisation" en Physique doit sans doute elle-même être incluse dans les processus de "simplexité" de la nature, qui incluent les sociétés modernes d'humains comme ils incluent aussi les facettes des yeux des mouches.

Jean-Luc PETIT
Pr de philosophie
Université de Strasbourg
(UFR PLISE)

Laboratoire de Physiologie
de la Perception et de l'Action
(UMRC 7152) Collège de France
www.jlpetit.com
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mardi 8 juin 2010

Épistémologie relationnelle de la physique quantique

Kant, nouveau sage tibétain de la physique quantique ?

par Hicham-Stéphane Afeissa

Sur le livre de Bitbol, M. (2010), De l'intérieur du monde. Pour une philosophie et une science des relations. Paris : Flammarion.


Philosophie et physique quantique. L’intitulé, à lui tout seul, risque d’en effrayer plus d’un et d’en étonner de nombreux autres qui ne verront pas bien, de prime abord, ce que la philosophie peut apporter à une entreprise scientifique dont Richard Feynman disait, en badinant, que personne n’y comprend rien, pas même lui !

Et pourtant, il y a non seulement beaucoup à dire sur ce sujet, mais il y a même matière à écrire un grand livre de philosophie, comme vient tout juste de le démontrer Michel Bitbol, qui s’est distingué en France depuis de nombreuses années par ses remarquables travaux de vulgarisation et de recherche sur la philosophie de la physique quantique.

Physique quantique et principe d’indétermination

Il y a fort à parier que le lecteur un peu averti de ce dont il retourne en physique quantique s’empressera de citer le célèbre "principe d’indétermination" de Werner Heisenberg, ce qui ne constitue pas, après tout, un mauvais point de départ pour parler de ces choses-là. Ce principe énonce, en substance, qu’il est impossible de connaître simultanément la position d’une particule atomique et sa quantité de mouvement. Plus une mesure de position est précise, plus elle modifie de manière imprévisible la quantité de mouvement et par suite la vitesse du corpuscule. La trajectoire de la particule étudiée reste ainsi inconnue. Position et vitesse sont des grandeurs incomposables.

La première interprétation de ce fait consisterait à dire que l’indétermination des valeurs d’un couple de variables résulte de ceci que leur mesure requiert deux dispositifs expérimentaux incompatibles. Le problème porterait alors sur l’appareillage qui serait incapable d’écarter l’écueil de la perturbation des phénomènes observés par les moyens d’investigation. La physique quantique donnerait des moyens de prédiction, à condition d’ordonner toutes les prédictions pouvant être faites à des conditions expérimentales données. Ce qui serait perdu, c’est la possibilité de prédire avec certitude la valeur des deux variables conjuguées pour un système. Mais même dans le cas de la prédiction de l’une seule des deux variables, la prédiction resterait conditionnelle (suspendue à l’utilisation d’un certain appareillage).

Les relations d’incertitude de Heisenberg n’interdiraient pas par elles-mêmes que l’on puisse fournir simultanément des valeurs des deux variables conjuguées, mais elles indiqueraient plutôt que les valeurs fournies n’ont qu’une valeur prédictive mutuellement limitée : une mesure perdrait en imprécision ce que l’autre gagnerait en précision. Les mouvements des corpuscules continueraient d’obéir aux lois de la mécanique classique – une impossibilité matérielle nous empêchant seulement de déterminer les conditions initiales, ayant pour conséquence d’interdire toute prédiction. Il y aurait donc en réalité déterminisme (de droit), et seulement indéterminisme apparent dû à la faiblesse de nos procédés de mesure.

La révolution épistémologique de la physique quantique

Tout l’intérêt de la réflexion des principaux acteurs de la physique quantique consiste précisément dans les efforts répétés visant à dépasser cette première interprétation, pour jeter les bases d’une théorie de la connaissance adéquate à cette nouvelle physique.

Quantité de mouvement et position ne sont pas des grandeurs incomposables en fait (faute de savoir les mesurer simultanément), elles sont incomposables en droit, parce qu’à chacune de ces mesures se trouvent associées des fonctions d’onde qui ont des propriétés incompatibles les unes avec les autres. Comme il est d’usage de le dire, il n’y a pas de "paramètre caché", tel que, si sa valeur était connue, il y aurait déterminisme. Les phénomènes d’aspect corpusculaire et les phénomènes d’aspect ondulatoire s’excluent mutuellement : une théorie ondulatoire classique permettra de prouver qu’il n’y a pas de phénomènes corpusculaires ; une théorie ponctuelle prouvera qu’il n’y a pas de phénomènes ondulatoires.

Les implications d’une telle interprétation des résultats expérimentaux sont considérables, à commencer par "l’éclatement complet du cadre conceptuel dualiste" dans lequel se situe clairement la première interprétation du principe d’indétermination : "Au lieu d’une relation causale transcendante entre une entité microscopique et une instrumentation, ce qui se trouve désormais mis en jeu est une relation de codépendance entre classes d’occurrences immanentes. (…) Les phénomènes dépendent pour leur manifestation, les vecteurs d’état dépendent pour leur validité prédictive, d’un réseau d’actes expérimentaux. Au lieu d’en rester à une impasse à propos de la connexion transitive de l’interaction, on développe les possibilités qu’offre la connexion corrélative de la contextualité.".

Toute une épistémologie relationnelle demande par conséquent à être élaborée pour permettre de comprendre à la fois les relations des sujets avec les objets, et les relations qui prévalent entre les objets – tâche à laquelle se consacre Michel Bitbol en réservant la première partie à l’examen du première genre de relations, et la seconde à la discussion du second genre de relations.

Naturalisation de la connaissance et épistémologie transcendantale

Mais pourquoi doit-on poser deux genres distincts de relations ? N’est-il pas tentant de fondre ces genres de relations en une seule famille, en considérant que la relation entre sujets et objets est un cas particulier des relations entre objets (selon une stratégie de naturalisation de la connaissance et d’objectivation du sujet) ; ou en considérant que la focalisation des sciences sur les relations entre objets n’est que la conséquence du caractère relationnel de la connaissance (selon la stratégie de l’épistémologie transcendantale) : le sujet n’étant confronté qu’à des phénomènes, il n’a rien à dire sur ce que sont les choses en elles-mêmes, mais seulement sur les relations réglées qu’il aperçoit entre elles grâce à la relation qu’il entretient avec elles ?

La réfutation de ces deux stratégies épistémologiques occupe le cœur de l’ouvrage de Michel Bitbol et détermine son orientation générale. Selon lui, la conception naturalisée des relations comporte un risque d’autodestruction : si le sujet objectivé est immergé dans la toile relationnelle du monde, il ne peut espérer s’en détacher suffisamment pour en offrir une représentation fiable : "Par suite, la représentation relationnelle du monde n’est pas plus fiable qu’une autre, et tombe sous le coup de sa propre critique.".

Quant à l’épistémologie transcendantale, elle porte en elle le germe de son propre affaiblissement : si le sujet n’a accès aux choses que par la façon dont ses relations avec elles l’affectent, l’information dont il dispose se réduit à une combinaison inextricable de sa contribution et de celles des choses : "En quoi peut-on alors dire qu’il a acquis un savoir à propos des choses (y compris à propos de leurs relations mutuelles) s’il ne peut pas extraire, dans l’information mêlée qui lui est accessible, ce qui lui revient en propre ?".

De là l’idée de la troisième partie du livre de Michel Bitbol entièrement consacrée à mettre au jour un mode inédit de coopération pour les deux approches à première vue antinomiques que sont la réflexivité transcendantale et la démarche de naturalisation, où il s’agit de coupler la clause critique de relativité des connaissances avec la représentation scientifique des réseaux de relations entre phénomènes observables.

Kant, Nagarjuna, Protagoras et les sceptiques

Tel est, à grands traits, le projet que poursuit Michel Bitbol dans cet ouvrage ambitieux qui vise rien de moins qu’à élaborer une nouvelle théorie de la connaissance à la lumière de la philosophie de physique quantique.

La mise en œuvre de ce projet, examinée dans son détail, fournit un autre motif d’admiration au lecteur. Michel Bitbol se révèle être un guide très sûr dans le dédale des discussions qui agitent le milieu des théoriciens contemporains de la physique quantique, de l’épistémologie et de la métaphysique de part et d’autre de l’Atlantique. Il faut lire ces pages où l’on salue tout autant le véritable talent de pédagogue que la richesse étonnante de la culture mobilisée, par exemple celles – lumineuses – qui sont consacrées à une histoire abrégée de l’ontologie des relations depuis Aristote jusqu’au structuralisme, où celles qui nous proposent une relecture du scepticisme antique déjà préoccupé par les problèmes d’une épistémologie relationnelle, ou du relativisme de Protagoras tel que Platon en parle dans le Théétète et Aristote dans le livre de la Métaphysique.

Il faut surtout lire l’étonnante enquête comparative portant sur les théories de la connaissance kantienne et néokantienne, et l’enseignement de l’école bouddhique Madhyamika dont l’auteur de référence est Nagarjuna – enquête qui constitue peut-être l’un des traits les plus originaux du livre de Michel Bitbol. Pour reprendre la formule de Lucien Febvre en conclusion de son compte rendu de La Méditerranée de Fernand Braudel : bien plus qu’un livre qui nous instruit, un livre qui nous grandit.

Article de Nonfiction.fr du 08 mai 2010.
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jeudi 20 mai 2010

Nouveau n° de la revue Texto !

Numéro XV-2

coordonné par Carine Duteil-Mougel



Texto !
est une revue électronique en libre accès.

Texto ! est une publication scientifique consacrée au sens et à l'interprétation. Son point d'ancrage principal est la sémantique, en particulier la sémantique des textes, mais aussi les sémantiques lexicales, diachroniques, cognitives… Outre la linguistique, d'autres disciplines, comme l'herméneutique et la philologie, sont naturellement questionnées.
Par ailleurs, comme aujourd'hui l'accès aux textes se développe avec les banques textuelles numérisées, tout ce qui concerne leur exploitation assistée est bienvenu : il faut en effet développer de nouveaux modes de lecture et d'interprétation.

Texto ! ne respecte guère la séparation entre les lettres et les sciences ; et la théorie l'intéresse autant que la pratique.

Texto ! est sensible à l'éthique de la discussion ; fuyant la routine des gate-keepers, il peut publier des textes qui ne se soucient pas trop des habitudes académiques, et se réserve le droit de favoriser des genres oubliés ou négligés, comme la lettre ou l'entretien. Il refuse l'esprit de lobby (car la recherche ne se fait pas avec de la complaisance et des renvois d'ascenseur). Cela lui permet de traiter sur un même pied les jeunes chercheurs et les vétérans : la valeur n'attend pas la notoriété - et d'ailleurs la jeunesse est un défaut qui se corrige toujours trop vite.

Bref, Texto ! cherche un juste déséquilibre entre les tristes nécessités académiques, les saines exigences scientifiques et les ambitions intellectuelles : que les dernières l'emportent !

Texto !
publie des inédits, comme des articles récents déjà publiés mais difficiles d'accès. Il privilégie la nouveauté et le débat. Il enregistre depuis son lancement plusieurs centaines de connexions par jour, et, sur la plupart des grands moteurs de recherche, constitue la première référence proposée pour l'interrogation sur le mot texte.


Sommaire du XV-2 :

François Rastier
Naturalisation et culturalisation
Dits et inédits

Astrid Guillaume
Diachronie et synchronie : passerelles (étymo)logiques
La dynamique des savoirs millénaires
Repères pour l'étude

Marc Cavazza
Narratologie et Sémantique : pour une refondation interprétative
Repères pour l'étude

Verónica Portillo Serrano
Problématique des genres dans les productions écrites universitaires : cas du résumé scolaire chez des étudiants français et mexicains
Parutions et trésors

Verónica Portillo Serrano
La notion de genre en Sciences du Langage
Repères pour l'étude

François Rastier
Pour un remembrement de la linguistique
Enquête sur la sémantique et la pragmatique
Dits et inédits

Patrick Sériot
Oxymore ou malentendu ?
Le relativisme universaliste de la métalangue sémantique naturelle universelle d'Anna Wierzbicka
Dits et inédits

Mathieu Valette
Approche textuelle du lexique
Corpus et trucs

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mardi 6 avril 2010

Ontophylogenèse et déterminisme génétique

Ontophylogenèse

Jean-Jacques Kupiec
(biologiste, Centre Cavaillès)

Jeudi 3 juin 2010
Centre Cavaillès (3e étage, 29 rue d’Ulm, 75005 Paris)
de 18h00 à 20h00
entrée libre dans la limite des places disponibles


L’évolution des espèces (phylogenèse) et le développement des organismes individuels (ontogenèse) sont considérés comme deux phénomènes distincts. La biologie repose sur cette ontologie qui pose l’espèce et l’individu comme réels et coextensifs, l’espèce étant une collection d’individus identiques. Dans sa version moderne cette ontologie s’appuie sur la théorie du programme génétique : une espèce est une collection d’individus possédant le même programme génétique et l’évolution des espèces est le résultat des mutations qui affectent leurs programmes (théorie synthétique de l’évolution).

Cette conception est aujourd’hui invalidée par les données expérimentales. En effet, la théorie du programme génétique repose sur l’idée que les interactions des molécules biologiques sont spécifiques. Au contraire, des données récentes montrent que les protéines manquent de spécificité. Elles peuvent interagir avec de nombreux partenaires moléculaires. En conséquence, les interactions moléculaires sont intrinsèquement stochastiques et il est par ailleurs aussi démontré que l’expression des gènes est probabiliste. Cela contredit la théorie du programme génétique à sa racine, jusqu’à l’ontologie qui la soutient.

La prise en considération de ce manque de spécificité des protéines et du caractère intrinsèquement probabiliste des interactions entre molécules biologiques débouche sur une nouvelle conception. La sélection naturelle agit non seulement dans la phylogenèse mais aussi l’ontogenèse. Celle-ci, au lieu d’être un processus déterministe dans lequel l’information génétique circule uniquement des gènes vers le phénotype (l’organisme individuel), est au contraire probabiliste et duale : les gènes fournissent les protéines, mais leurs interactions probabilistes sont triées par les contraintes sélectives produites par les structures cellulaires (et multicellulaires), qui sont elles mêmes soumises à la sélection naturelle.

Au final, cette conception débouche sur une nouvelle ontologie : il n’existe qu’un seul phénomène d’« ontophylogenèse » expliqué par la seule théorie de sélection naturelle agissant en même temps sur l’ontogenèse et la phylogenèse.

J.-J. Kupiec, L’origine des individus, Fayard, 2008. (Trad. angl. The Origin of Individuals, World Scientific, 2009). Sous la direction de J.-J. Kupiec, O. Gandrillon, M. Morange, M. Silberstein, Le hasard au cœur de la cellule, Syllepse, 2009.
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dimanche 4 avril 2010

Qu'est-ce que la réalité ?



Réflexions autour de l'oeuvre de Stéphane Lupasco

par Basarab Nicolescu

Broché: 180 pages
Editeur : Liber - Montréal (15 octobre 2009)
Langue : Français

Disponible chez Amazon (20.42€)







Le mot "réalité" est un des plus prostitués de toutes les langues du monde. Nous croyons tous savoir ce qu'est la réalité mais, si on nous interroge, nous découvrons qu'il y a autant d'acceptions de ce mot que d'habitants sur la terre. Il n'est donc pas étonnant que les conflits sans nombre agitent sans cesse les individus et les peuples : réalité contre réalité. C'est une sorte de miracle que, dans ces conditions, l'espèce humaine existe encore.

Plus de soixante ans après l'affirmation de Wolfgang Pauli, un des fondateurs de la mécanique quantique: "la formulation d'une nouvelle idée de réalité est la tâche la plus importante et la plus ardue de notre temps", cette tâche reste inaccomplie. Et pour illustrer cette quête, je prends, comme cas exemplaire, l'œuvre de Stéphane Lupasco (1900-1988). J'ai eu le privilège de partager lamitié de Lupasco de 1968 à sa mort. Ce livre voudrait prolonger nos échanges intellectuels et spirituels au-delà de ce terme. En effet, la pensée de Lupasco est un système ouvert, soumis à un perpétuel questionnement constructif. Elle nous aide à avancer vers une sagesse en conformité avec les défis majeurs de notre siècle.
Basarab Nicolescu

Table des matières
  • Chapitre 1. L'œuvre de Stéphane Lupasco: vision panoramique
  • Chapitre 2. Au centre du débat: le tiers inclus
  • Chapitre 3. Niveaux de réalité et multiple splendeur de l'Être
  • Chapitre 4. Jung, Pauli, Lupasco face au problème psychophysique
  • Chapitre 5. Stéphane Lupasco et Gaston Bachelard: ombres et lumières
  • Chapitre 6. Du monde quantique au monde de l'art
  • Chapitre 7. Le tiers inclus, le théâtre de l'absurde, la psychanalyse et la mort
  • Chapitre 8. Dieu
  • Chapitre 9. Le dialogue interrompu: Fondane, Lupasco et Cioran
  • Chapitre 10. Abellio et Lupasco. Un idéal partagé
  • Chapitre 11. Entretien avec Edgar Morin
  • Chapitre 12. Pour ne pas conclure
  • Données biographiques et bibliographie


L'auteur :

Basarab Nicolescu est physicien théoricien, professeur à la Faculté d'Etudes Européennes de l'Université de Babes-Bolyai (Cluj-Napoca, Roumanie) et président-fondateur du Centre International de Recherche et Etudes Transdisciplinaires (CIRET). Homme de grand engagement humain et intellectuel, il est l'auteur d'un grand nombre de publications, notamment Nous, la particule et le monde (Rocher, 2002), La science, le sens et l'évolution (Le Félin, 1988) et Le tiers secrètement inclus (Babel, 2003).

Commentaire :

Ce livre écrit dans un style accessible à tous, renoue avec la Métaphysique telle qu'elle était pratiquée dans la Grèce antique, c.-à-d. originellement comme ta meta ta physica (ce qui vient après la Physique), abandonnée depuis les attaques acerbes assenées par les positivistes logiques au début du XXe siècle, et remise au goût du jour depuis les inconsistances théorétiques révélées par les théorèmes d'incomplétudes de Gödel en Mathématiques et les limites empiriques, révélant l'indétermination intrinsèque du monde subatomique, de la Mécanique Quantique. Loin d'être un traité de Métaphysique - qu'on ne s'y trompe pas - il essaie d'établir sur la base de l'oeuvre du Philosophe et Logicien Stéphane Lupasco (oeuvre à laquelle B. Nicolescu a personnellement participé en y-apportant le concept de niveaux de réalité) une conception claire mais néanmoins complexe - ternaire - de cette notion que nous croyons tous unanimement partagée et qui pourtant, est en reconstruction permanente : la Réalité.
O.P.

vendredi 19 mars 2010

Towards the Origins of Universe and Matter

Theoretical and epistemological approaches

National Network of Complex Systems, CREA-École Polytechnique,
and
CNRS Interdisciplinary Program Particles and the Universe

(Organisation : M. Bitbol, P. Bourgine, S. Katsavenas)

22-24 Mars 2010
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http://www.crea.polytechnique.fr/LeCREA/colloques.htm#origins

Auditorium du CNRS - 3, rue Michel Ange - 75016 Paris


Our understanding of the large scale structure of the cosmos has achieved a spectacular progress during the last 10 years; cosmology has left the realm of philosophical speculation to become high precision science. Furthermore, since the Universe evolved from a state of extremely high energy and density one can use the knowledge obtained in the study of the elementary particles to approach the origin of the Universe.

According to this view, as one probes smaller and smaller distance scales, or equivalently higher energies, one discovers particles and interactions of higher symmetry. A different set of particles and interactions reveals itself at each scale, up to the highest energies where the unification of gravity and subatomic physics promises to derive particles, forces and even space-time properties from a minimal set of fundamental entities, as it is the case, for example, in the recently developed super-string theories .
Conversely, as the Universe “cools down” from its original high temperature state a series of successive phase transitions break the initial symmetries to form our present-day asymmetric but sufficiently eventful cosmic structures. An intensive experimental program tries to trace these transitions and the particle content that they correspond, using a series of different instruments from accelerators to gravitational wave antennas. Furthermore, since the vacuum contains virtually the higher energy physics, one can study the latter through “radiative” precision corrections to low-energy observables.
Concurrently, another philosophical point of view has gained strength recently, wondering whether one should make a distinction between the origin of things and the origin of their organisation. This standpoint criticises what it sees as the will to designate a fundamental entity as ultimate source of all things. It points to the fact that the question of the origin of laws and the organisation of matter in large scales has achieved also considerable progress through the refinement of the concepts of emergence and complexity. The idea of “protection” of the order of the emergent level from the details of the process of the level below, coming from condensed matter physics, permitted the understanding of several laws hitherto unexplained.
In this view, there is a symmetry between emergent levels : one should not distinguish between a “substratum” scale equipped with “fundamental properties” and a higher scale whose laws can be reduced to a variety of dynamical relationships between the “fundamental” entities of the scale below. The “emergentist” school puts thus in question the distinction between levels and would like to generalize the relational or organisational model to all scales, including the scale of “elementary” processes. The idea of an ultimate foundation of things is also put in question. If there is no difference between fundamental and emergent levels, the first should not receive any theoretical priority.
To these arguments, those accused of being “fundamentalists” answer that far from giving priority to the “fundamental” level they simply believe that different processes should be examined at their pertinent scale and that new mathematical laws can be explored at each scale.
This workshop has the ambition to trigger a high level discussion of the above views; they do correspond after all to the two meanings of “Arche”, the Greek word for origin, both foundation and organisation principle.

PROGRAM

22 March 2010

  1. 13h30 George Smoot Cosmology ;
  2. 14h30 Joe Silk Formation of cosmological structures ;
  3. 15h30 COFFEE ;
  4. 16h00 Erik Verlinde Origins of gravity (tbc) ;
  5. 17h00 Tian Yu Cao Philosophical reflections on emergence in cosmology ;
  6. 18h00 Matteo Smerlak Uncertain cosmogony.
23 March 2010
  1. 09h30 Pierre Binetruy Multiverses ;
  2. 10h30 Jean Iliopoulos Symmetries ;
  3. 11h30 COFFEE ;
  4. 12h00 Gerard t'Hooft What is an elementary particle ? (tbc) ;
  5. 14h00 Hitoshi Murayama Elementarity and phase transition (tbc) ;
  6. 15h00 Elena Castellani Fundamentality, emergence and scales ;
  7. 16h00 COFFEE ;
  8. 17h00 Yves Couder Path memory and wave-particle duality ;
  9. 18h00 Michel Bitbol On the concept of origin.

24 March 2010

  1. 09h30 Paul Humphreys Synchronic and diachronic fundamentalism ;
  2. 10h30 Christophe Malaterre Chemical evolution and the emergence of biological entities ;
  3. 11h30 Mike Turner Origins in particle physics and cosmology (tbc).

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mardi 16 février 2010

A partir de l’incomplétude : indécidabilité logique et aléatoire physique

Six cours brefs, ouvert à tous
CNRS et DI, ENS, 45 rue d’Ulm, Paris
Mardi et jeudi
9 et 11, 16 et 18, 23 et 25 mars 2010, 17h – 19h
http://www.di.ens.fr/users/longo/Enseignement/CoursLongoPaul.htm



Présentation :

Poincaré présente son grand théorème de 1890 sur l’imprédictibilité de certaines dynamiques physiques comme “résultat négatif” ; il constitue en fait un passage important pour la compréhension de l’aléatoire classique. Un autre grand “non”, l’incomplétude de tout formalisme suffisamment expressif, est au coeur de l’article de Gödel de 1931 ; la notion d’incomplétude sera utilisé aussi dans un célèbre article d’Einstein, Podolsky et Rosen de 1935 (EPR), au sujet de la Mécanique Quantique. L’aléatoire mathématique (asymptotyque) nous permettra de corréler ces cadres très différents et de poser le problème de l’aléatoire en biologie.

Dans ce mini-cours, ouvert à tous, on se propose de présenter une réflexion philosophique et certains aspects mathématiques de ces incidences de l’incomplétude logique et de l’imprédictibilité physique, comme forme de l’aléatoire, ainsi que quelques résonances contemporaines. Quand au caractère du cours, au-delà de la première séance, totalement informelle, les autres leçons essayeront d’introduire les notations mathématiques utilisées et également d’expliciter les cadres conceptuels et l’impact philosophique des résultats techniques présentés (voir Introduction : L'incomplétude).

Programme :

  1. Mathématiques, physique et philosophie, une introduction :

    Savoir positif et savoir critique ou l’importance des résultats négatifs : du Théorème des Trois Corps de Poincaré à l’incomplétude de Gödel. L’aléatoire et la physique quantique : la question de la mesure. L’alphabet et la détermination : le mythe de la complétude des analyses moléculaires en biologie.


  2. Gödel - Déduction formelle et indécidabilité :

    • codage et représentation : premier théorème d’incomplétude ;

    • codage et cohérence : deuxième théorème d’incomplétude ;

    • le sens et la preuve ; des “philosophies” contre Hilbert : Poincaré, Weyl et Wittgenstein.

  3. Poincaré - l’aléatoire comme imprédictibilité dynamique :

    • L’aléatoire classique entre détermination et mesure. L’aléatoire à la Birkhoff ;

    • L’aléatoire algorithmique, comme forme de l’indécidabilité gödelienne: Poincaré vs. Gödel à la limite asymptotyque.

  4. L’incomplétude en logique, aujourd’hui : l’incomplétude mathématique des formalismes :

    • La forme finie de Friedman du théorème de Kruskal ; le sens et l’ordre, la cognition vs. les ordinaux ;

    • Les théorèmes de normalisation en Théorie des Types et la cohérence de l’analyse.

  5. Einstein - Mécanique quantique et incomplétude :

    • la structure logique et la structure de l’espace dans l’analyse de EPR ;

    • La MQ, est-elle complète ? Le rôle de l’aléatoire et de la mesure, au delà de EPR ;

    • Synthèse : les différentes formes physiques et algorithmiques de l’aléatoire.

  6. Entre physique et biologie :

    • L’état vivant de la matière : l’apport méthodologique de la physique quantique et les dualités théoriques entre physique et biologie. La question de l’aléatoire en biologie ;

    • Quelques extensions théoriques : la criticité étendue et l’anti-entropie. La marche aléatoire de la “complexification” des organismes au cours de l’évolution des espèces.

    (Cette séance pourra être suivi par deux autres, si suffisamment d’élèves et d’étudiants sont intéressés à ces thèmes)

Salles :

Mardi et jeudi 9 et 11, 16 et 18, 23 et 25 mars 2010, 17h – 19h
(les mardis 9, 16, 23 : Salle H. Cartan, étage -2, Maths-Info ; les jeudis 11, 18 et 25 : Salle W, étage 4, escalier B, Maths-Info)

Compléments :